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30 ans : suis-je là où je pensais être ?

Article ; 30 ans

Le 6 octobre, j’ai eu 30 ans.
Pendant longtemps, cet âge m’a paru tellement loin. À 15 ans, puis à 20 ans, je me disais que j’avais largement le temps avant d’y arriver. Et puis finalement, les années passent et un jour, on se retrouve à souffler ses 30 bougies.
Et forcément, ça fait réfléchir.
Quand j’étais plus jeune, j’avais une certaine idée de ce que serait ma vie à 30 ans. Je pensais être une adulte avec une vie déjà bien installée : un travail stable, un logement à moi, le permis, peut-être une voiture, une vie sociale bien remplie, un couple, peut-être un mariage et des enfants.
Aujourd’hui, ma vie ne ressemble pas vraiment à cette image.
Je suis en couple, nous avons nos animaux, qui sont un peu nos enfants à nous 😂, mais je ne suis pas mariée et nous n’avons pas d’enfants. Je suis locataire, je n’ai toujours pas le permis malgré plusieurs tentatives et, professionnellement, je suis en reconversion à la suite d’une inaptitude.
Alors forcément, une question revient : est-ce que je suis là où je pensais être à 30 ans ?
Honnêtement, non.
Et ce qui est particulier, c’est que cette question ne date pas d’hier.

La vie que j’imaginais à 30 ans

À 20 ans, si on m’avait demandé à quoi ressemblerait ma vie dix ans plus tard, je pense que j’aurais imaginé quelque chose de beaucoup plus « installé ».
Je pensais avoir déjà construit une bonne partie de ma vie. Avoir trouvé ma voie professionnellement, avoir mon permis, peut-être une maison ou un appartement à moi, une vie sociale plus importante et probablement une famille.
Certaines de ces choses ne sont tout simplement pas arrivées. D’autres ont pris une direction différente.
Et finalement, je me rends compte qu’à 20 ans, je pensais surtout que la vie suivrait un ordre assez précis : les études, le travail, le couple, le logement, le mariage, les enfants… Comme si chaque étape devait arriver au bon moment.
Sauf que ma vie ne s’est pas déroulée comme ça.
Il y a eu des difficultés, des problèmes de santé, des choses que je n’ai pas pu faire, des choses que j’ai repoussées et d’autres qui ont pris beaucoup plus de temps que prévu.
Ma vie actuelle n’est donc pas celle que j’avais imaginée. Et même si je sais qu’une vie ne peut pas toujours suivre le scénario que l’on avait en tête, ça ne veut pas dire que je ne remarque pas la différence.
Il y a certaines choses que j’aurais vraiment aimé avoir vécues autrement.
J’aurais aimé avoir eu davantage d’expériences, avoir eu une vie sociale différente, avoir fait certaines choses plus tôt et me sentir aujourd’hui plus avancée dans ma vie.
Et parfois, je regarde ce que j’imaginais à 20 ans et je me demande comment j’en suis arrivée à être aussi loin de cette image.

Une adolescence et une vingtaine différentes

Quand je regarde mon parcours, je ne peux pas parler de mes 30 ans sans penser à mon adolescence et à ma vingtaine.
J’ai été victime de harcèlement scolaire et je n’avais pas d’amis. J’ai donc passé beaucoup de temps seule et je n’ai pas vécu certaines expériences qui semblent pourtant assez normales quand on grandit.
Les sorties entre amis, les anniversaires avec un groupe de copains, les soirées, les clubs… Beaucoup de ces choses ne font tout simplement pas partie de mes souvenirs.
Et c’est aussi le cas des relations sentimentales. J’ai eu mes premières relations plus tardivement que beaucoup de personnes de mon âge. Là encore, j’ai parfois eu l’impression d’être en décalage, de découvrir certaines choses à un âge où d’autres les avaient déjà vécues depuis plusieurs années.
Mes anniversaires étaient surtout en famille.
Et forcément, quand je vois aujourd’hui des personnes de mon âge raconter leurs souvenirs d’adolescence ou de leurs années après le lycée, je ressens parfois un vrai décalage.
Je me demande ce qu’aurait été ma vie si j’avais vécu ces années autrement. Est-ce que j’aurais eu davantage confiance en moi ? Est-ce que j’aurais eu une vie sociale différente ? Est-ce que j’aurais eu des relations sentimentales plus tôt ? Est-ce que je serais devenue une personne différente ?
Je ne le saurai probablement jamais.
Et je pense que c’est justement ce qui renforce encore cette impression de décalage aujourd’hui. Quand on a vécu certaines étapes plus tardivement, on peut avoir l’impression d’avoir toujours été un peu derrière les autres.
Mais il y a aussi quelque chose d’important à prendre en compte : quand j’étais adolescente et même pendant une partie de ma vingtaine, je n’avais aucun diagnostic pour expliquer toutes ces difficultés.
À l’époque, je ne savais pas que certains de mes fonctionnements, certaines de mes difficultés ou certains de mes problèmes de santé pouvaient avoir une explication. Je faisais simplement avec, sans forcément comprendre pourquoi certaines choses étaient plus compliquées pour moi que pour les autres.
Avec le temps, j’ai eu certains diagnostics et certaines prises de conscience qui m’ont permis de mieux comprendre certaines choses. J’ai dû apprendre à vivre avec mes troubles cognitifs et neurodéveloppementaux, notamment la dyscalculie, mais aussi avec l’anxiété et les troubles obsessionnels compulsifs (TOC). Il y a également l’endométriose, le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) et le syndrome de l’intestin irritable (SII). Et concernant les troubles du spectre de l’autisme (TSA), je suis actuellement en cours de diagnostic.
Et forcément, quand on repense à son passé avec ce que l’on sait aujourd’hui, certaines choses prennent un autre sens.
Je ne peux pas refaire mon adolescence en connaissant tout cela. À l’époque, je ne savais pas forcément pourquoi je vivais certaines situations comme je les vivais. Je pensais simplement qu’il y avait peut-être quelque chose qui n’allait pas chez moi, sans avoir les réponses que j’ai aujourd’hui.
Mais comprendre certaines choses aujourd’hui ne fait pas disparaître ce que j’ai ressenti avant.
Je peux comprendre pourquoi certaines années ont été compliquées et, en même temps, regretter de ne pas les avoir vécues autrement.
C’est probablement ça qui est difficile à expliquer. Je sais que je ne pouvais pas forcément faire autrement à l’époque, mais ça ne m’empêche pas de penser à tout ce que j’aurais aimé vivre.
Et quand je vois des personnes de mon âge parler de leurs souvenirs, de leurs amis de longue date, de leurs voyages, de leurs expériences, de leurs relations ou simplement de cette période de leur vie, je ne peux pas m’empêcher de me demander ce que j’ai manqué.
Je ne regrette pas chaque chose de mon passé, ni ne pense avoir « raté » ma vie. Mais oui, il y a des expériences que j’aurais aimé connaître plus tôt et certaines choses que j’aurais aimé vivre différemment.

Quand la comparaison s’installe

C’est aussi pour ça que la comparaison est difficile pour moi.
Je ne me sens pas simplement différente des autres. Je me sens souvent en retard.
Il suffit parfois de regarder autour de soi pour avoir l’impression que tout le monde avance, construit sa vie et franchit des étapes pendant que moi, je suis encore en train d’essayer de rattraper certaines choses.
Certaines personnes de mon âge, mais aussi parfois plus jeunes que moi, sont propriétaires, sont mariées, ont des enfants, un travail stable, une carrière, leur entreprise, le permis, une voiture, voyagent régulièrement ou ont un grand cercle d’amis.
Et forcément, quand je vois tout ça, je peux me demander : « Et moi, pourquoi je n’en suis pas là ? »
Je sais qu’on ne voit jamais toute l’histoire des autres.
Je sais qu’une personne peut avoir une maison mais aussi des problèmes dont je ne connais rien. Je sais qu’un couple peut avoir ses propres difficultés, qu’une carrière peut avoir demandé des années de travail et que les réseaux sociaux ne montrent qu’une partie de la réalité.
Je le sais.
Mais savoir tout ça ne m’empêche pas de me comparer.
Et c’est peut-être ça que je veux vraiment dire avec cet article : comprendre que la comparaison n’est pas toujours juste ne suffit pas forcément à arrêter de se sentir en décalage.
Je peux savoir que chacun avance à son rythme et quand même avoir l’impression que le mien est beaucoup trop lent.
Je peux savoir que je ne pars pas avec les mêmes cartes que certaines personnes et quand même me demander pourquoi je n’ai pas certaines choses qu’elles ont.
Je peux être consciente de mes difficultés et avoir quand même envie d’une vie différente.

À 30 ans, on devrait avoir fait quoi exactement ?

C’est une question que je me posais déjà avant mes 30 ans. Plus j’approchais de cet âge, plus je me demandais ce que j’étais censée avoir accompli, où j’étais censée en être et si ma vie ressemblait vraiment à ce que j’avais imaginé.
À quel moment a-t-on décidé qu’il fallait avoir certaines choses avant un âge précis ?
Le permis. Un travail stable. Une voiture. Un logement. Un couple. Un mariage. Des enfants. Des voyages. Une carrière. Une grande vie sociale.
Et surtout : qui a décidé que tout cela devait être fait avant 30 ans ?
Il n’existe pourtant aucune liste officielle des choses qu’on doit avoir accomplies avant de souffler ses 30 bougies.
Mais la pression est bien réelle.
Elle peut venir de la société, de notre entourage, des réseaux sociaux ou simplement de nous-mêmes. À force de voir certaines personnes vivre d’une certaine manière, on peut finir par penser que c’est la manière « normale » de faire.
Et parfois, on ne se demande même plus ce que l’on veut vraiment. On regarde ce que les autres ont et on se demande pourquoi nous, on ne l’a pas encore.
C’est là que ça devient difficile.
Parce que même si je ne veux pas faire de ma vie une compétition, j’ai parfois cette sensation d’être en retard sur beaucoup de choses.
Et oui, ça me fait quelque chose.
Je ne veux pas faire semblant que ça ne me touche pas simplement parce qu’il faudrait « avancer à son propre rythme ».
J’aurais aimé que certaines choses soient différentes aujourd’hui.
J’aurais aimé avoir vécu certaines expériences plus tôt, avoir certains souvenirs, avoir construit certaines choses avant mes 30 ans. Et je pense qu’on a aussi le droit de le dire.

Est-ce que je suis devenue la personne que je pensais être ?

Non.
Et cette réponse me fait forcément réfléchir.
Si je suis honnête, j’aurais aimé que certaines choses soient différentes aujourd’hui.
J’aurais aimé être plus avancée dans certains domaines de ma vie. Avoir plus d’expériences. Avoir vécu certaines choses que je n’ai pas vécues. Avoir peut-être une vie sociale différente. Avoir réalisé certains projets plus tôt.
Je regarde parfois les années qui sont passées et je me dis que j’aurais aimé qu’elles se passent autrement.
Mais ça ne veut pas dire que je suis malheureuse.
Je ne suis pas triste d’avoir 30 ans. Je ne suis pas non plus en train de dire que ma vie ne me plaît pas.
Simplement, je ne suis pas satisfaite de tout.
Je peux être bien dans ma vie et ressentir malgré tout ce décalage.
Je peux apprécier certaines choses que j’ai aujourd’hui et regretter certaines choses que je n’ai pas vécues.
Je peux être reconnaissante pour certaines personnes qui sont là et avoir quand même envie que certains aspects de ma vie soient différents.
Je peux savoir que certaines choses n’étaient pas de ma faute et me demander malgré tout pourquoi j’ai dû vivre tout ça.
Les deux peuvent exister en même temps.

Ce que j’ai envie de faire maintenant

Je ne sais pas exactement à quoi vont ressembler mes 30 ans.

Mais une chose est sûre : je n’ai pas envie de rester bloquée dans cette impression de retard.

Pas parce que je veux soudainement rattraper tout ce que je n’ai pas fait avant 30 ans.

Je sais que ce n’est pas possible.

Je ne peux pas récupérer mon adolescence. Je ne peux pas revivre ma vingtaine. Je ne peux pas créer les souvenirs que je n’ai pas eus.

Et c’est quelque chose que je dois simplement accepter.

Mais je peux essayer de faire en sorte que la suite soit différente.

J’ai envie que les choses avancent. J’ai envie de réaliser mes projets, de vivre de nouvelles expériences, de créer de nouveaux souvenirs et de découvrir encore des choses sur moi.

J’ai envie d’essayer, même si j’ai peur, même si je doute et même si tout ne se passe pas comme prévu.

Je n’ai pas envie de me fixer une nouvelle liste de choses à avoir avant 35 ou 40 ans.

Mais j’ai quand même envie de construire quelque chose qui me ressemble et de ne plus avoir constamment cette impression de regarder les autres avancer pendant que je reste au même endroit.

Et maintenant ?

Alors, est-ce que je suis là où je pensais être à 30 ans ?

Non.

Je ne vais pas prétendre que ça ne me fait rien. Je me sens souvent en décalage et j’aurais aimé que certaines choses de ma vie soient différentes. Mais je ne suis pas malheureuse pour autant.

Aujourd’hui, j’ai surtout envie de continuer à avancer avec cette réalité-là, sans essayer de faire rentrer ma vie dans un modèle qui n’a jamais été fait pour tout le monde.

Et si je parle de tout ça, c’est aussi parce que je pense qu’on devrait parfois faire attention à la façon dont on parle de l’âge et des « étapes de la vie ».

Une remarque qui peut sembler anodine comme « À ton âge, tu n’as toujours pas… ? », « Tu devrais penser à… » ou « Moi à ton âge, j’avais déjà… » peut parfois rappeler à quelqu’un qu’il ne correspond pas à ce que l’on attend de lui.

On ne sait pas toujours ce que la personne a traversé pour arriver jusqu’ici. On ne connaît pas forcément les difficultés qu’elle rencontre, les choses qu’elle a dû mettre de côté ou simplement les choix qu’elle a faits.

Alors peut-être qu’au lieu de demander aux autres pourquoi ils n’en sont pas encore là, on pourrait simplement leur laisser la possibilité d’avoir une vie différente.

Parce qu’avoir 30 ans, ce n’est pas avoir atteint un niveau précis dans la vie.

Et derrière chaque âge, il y a une personne avec son histoire.

Pour ma part, je ne sais pas exactement ce que cette nouvelle dizaine va m’apporter. Je sais simplement que j’ai encore beaucoup de choses que j’ai envie de vivre, de découvrir et de construire.

Et cette fois, j’ai envie de le faire sans chercher à savoir si je suis « dans les temps ». ❤️

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Bonjour, moi c’est Alicia, jurassienne et créatrice de ce blog. Ici, je partage mon quotidien sans filtre, mes passions, mes maladies chroniques (endométriose, syndrome des ovaires polykystiques, syndrome de l’intestin irritable), mes troubles anxieux, cognitifs et du neurodéveloppement, ainsi que mes troubles obsessionnels compulsifs. Un espace sincère et personnel.

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