Pendant longtemps, j’ai cru que mon acné finirait par disparaître d’elle-même. Comme beaucoup, j’ai pensé que c’était « normal » à l’adolescence. Et comme beaucoup aussi, j’ai tout essayé pour la cacher, la soigner.
Mais plus les années passaient, plus ma peau parlait pour moi. Et personne ne semblait vraiment écouter ce qu’elle disait.
Ce que je vais partager ici, c’est plus qu’un simple problème de peau. C’est une histoire de regard sur soi, de douleurs physiques et invisibles, de rendez-vous médicaux sans réponse, de solitude, de honte parfois. Et aussi de soulagement.
Voici mon parcours avec l’acné hormonale, liée au SOPK. Un parcours long, épuisant, mais nécessaire à raconter.
Le début : une acné « comme les autres » ?
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et quand je pense à mon adolescence, je me rends compte à quel point mon acné a occupé une place énorme dans ma vie. Tout a commencé vers l’âge de 13/14 ans. À cette époque, je n’avais même pas encore eu mes premières règles. Je pensais que c’était une acné « normale », comme beaucoup d’adolescentes au moment de la puberté.
Je pensais surtout qu’elle finirait par disparaître avec la puberté. C’est ce qu’on me disait autour de moi : « Ça va passer quand tu auras fini ta puberté » ou encore « Ça va passer quand tu auras un copain ». Alors j’ai attendu. Je pensais qu’en grandissant, ma peau finirait forcément par s’améliorer.
Mais les années ont passé et mon acné était toujours là. Et à l’âge adulte, c’était même encore pire.
Avec le temps, ma peau a empiré. Je voyais bien que ce n’était pas la même chose que chez les autres. J’avais des boutons partout : sur le visage, dans le cou, dans le dos, mais aussi sur d’autres parties du corps. Ils étaient douloureux, très inflammés et parfois remplis de pus. Certains devenaient même de vrais furoncles.
J’avais également beaucoup de points noirs, en plus de cette peau très grasse. Mon visage brillait rapidement dans la journée et j’avais constamment cette sensation d’avoir la peau grasse.
Autour de moi, et notamment dans les établissements scolaires que j’ai fréquentés, je ne voyais personne avec une acné comme la mienne. Bien sûr, certaines personnes avaient quelques boutons, mais je n’avais jamais vu quelqu’un avec une acné aussi importante, douloureuse et inflammée. J’avais donc constamment l’impression d’être différente et d’être la seule à vivre ça.
L’été était particulièrement difficile. Je ne pouvais pas mettre de débardeur ou porter certains vêtements, parce que les boutons et les marques se voyaient. Et avec le soleil, ma peau n’allait pas mieux. Au contraire, ça n’arrangeait pas les choses. Je faisais donc attention à ce que je portais pour essayer de cacher ma peau.
Je voyais les regards et j’ai subi énormément de moqueries. Certaines personnes ne voulaient même pas me faire la bise. On ne m’appelait plus par mon prénom, mais « la boutonneuse » ou « la fille aux boutons ». J’ai entendu énormément de remarques sur ma peau et j’ai été beaucoup moquée à cause de mon acné.
À force, je ne pouvais plus me regarder dans un miroir. Je me trouvais moche, horrible. Je n’aimais plus mon visage et je faisais tout pour éviter de le regarder. Mon acné avait complètement changé la façon dont je me voyais.
Les premiers traitements inefficaces
Avec mes parents, on a essayé énormément de choses. Des nettoyants, des crèmes, des sérums, des lotions, des masques, aussi bien en pharmacie qu’en grande surface. J’ai essayé produit après produit, en espérant à chaque fois trouver enfin quelque chose qui fonctionne.
Mais rien ne fonctionnait vraiment. Et parfois, certains produits aggravaient même les choses. On a dépensé beaucoup d’argent, beaucoup d’énergie, et toujours pas de résultats.
À l’adolescence, j’ai vu un dermatologue. Il m’a dit que j’avais une acné chronique. Il m’a prescrit du Rubozinc, à base de zinc, puis des crèmes comme Cutacnyl, Épiduo gel et Curapost. Aucune ne fonctionnait et parfois, c’était pire.
Il m’a également prescrit un antibiotique, Tétralysal. Encore une fois, aucun effet.
Mais ce n’était pas seulement les traitements et les produits dermatologiques. Au fil des années, j’ai également essayé différents compléments alimentaires et produits dont on me parlait pour aider ma peau : zinc, bardane, ortie, magnésium, probiotiques… J’ai également essayé l’huile essentielle d’arbre à thé.
J’ai vraiment essayé beaucoup de choses, avec toujours l’espoir de trouver enfin une solution.
Mais à ce moment-là, je ne savais pas que mon acné était hormonale. Et encore moins que j’avais un SOPK.
Le refus de la pilule, puis la découverte du SOPK
Le dermatologue voulait que je prenne la pilule, notamment parce qu’elle pouvait avoir un effet sur mon acné. Mais mon médecin traitant de l’époque ne voulait pas me la prescrire. Pour elle, je n’en avais pas besoin puisque je n’avais pas de copain et que je n’avais pas de rapports sexuels.
Pourtant, je connaissais d’autres filles de mon âge qui prenaient la pilule alors qu’elles n’avaient pas de copain et n’avaient pas de rapports sexuels. Je ne comprenais donc pas vraiment pourquoi, dans mon cas, elle refusait de me la prescrire alors que le dermatologue l’envisageait pour mon acné.
À l’époque, je ne savais pas encore que mon acné pouvait être liée à un problème hormonal. J’ai donc continué à vivre avec cette acné, sans vraiment comprendre ce qui se passait.
Vers 20-21 ans, j’ai fini par consulter un gynécologue car j’avais des règles douloureuses, invalidantes, irrégulières et des cycles très longs. Après plusieurs examens, dont une prise de sang, une échographie pelvienne par le ventre et une échographie endovaginale, il m’a diagnostiqué un SOPK.
Le SOPK, ou syndrome des ovaires polykystiques, est aujourd’hui appelé syndrome métabolique ovarien polyendocrinien (SMOP). Ce changement de nom est récent, puisqu’il date de 2026. Cette nouvelle appellation vise notamment à mieux refléter les différentes manifestations du syndrome, qui ne concernent pas uniquement les ovaires.
C’est un trouble hormonal fréquent qui peut provoquer différents symptômes, variables d’une femme à l’autre, et qui ne sont pas toujours tous présents.
Parmi les symptômes pouvant être associés au SOPK, on retrouve notamment :
- Des cycles menstruels irréguliers, absents ou très longs
- Des règles parfois très douloureuses
- Une acné persistante, souvent hormonale
- Une pilosité plus importante (hirsutisme) sur le visage, le menton, la poitrine ou le ventre
- Une perte de cheveux diffuse ou localisée (alopécie)
- Une peau et des cheveux plus gras que la moyenne
- Une prise de poids ou une difficulté à perdre
- Une résistance à l’insuline, pouvant mener au prédiabète ou au diabète de type 2
- Une fatigue importante
- Des troubles de l’humeur ou de l’anxiété
- Des difficultés à concevoir (infertilité possible)
Dans mon cas, je présente plusieurs de ces symptômes : une acné sévère, une peau très grasse, des cheveux gras, des cycles irréguliers et longs, des règles douloureuses, une pilosité plus marquée, une chute de cheveux importante, de l’anxiété et une grande fatigue.
Le SOPK n’est pas toujours facile à diagnostiquer, car il peut se manifester différemment d’une femme à l’autre.
Le parcours médical continue
Après mon diagnostic de SOPK, le gynécologue m’a prescrit la pilule Diane 35 ainsi qu’Androcur pendant plusieurs mois. Au bout de deux à trois mois de traitement, mon acné a disparu.
Pour la première fois depuis des années, ma peau allait enfin mieux. Les traitements avaient réellement eu un effet sur mon acné, et je pouvais enfin arrêter de penser constamment à mes boutons.
Mais quelques années plus tard, on a commencé à suspecter une endométriose. Un autre gynécologue a donc changé ma pilule et m’a mise sous pilule en continu.
Le problème, c’est que cette nouvelle pilule n’a pas aidé mon acné. Au contraire, les boutons sont revenus.
J’ai également essayé différents compléments et produits en espérant améliorer ma peau : zinc, bardane, ortie, magnésium, probiotiques, oméga-3, huile essentielle d’arbre à thé et différentes plantes. Mais rien n’a vraiment changé.
Le diagnostic de l’endométriose, et toujours pas de solution
En 2021, on m’a diagnostiqué une endométriose et un syndrome de l’intestin irritable. À la suite de mon diagnostic d’endométriose, on m’a prescrit une nouvelle pilule, cette fois en continu.
Cette nouvelle pilule m’aide pour mon endométriose, mais elle n’a pas eu d’effet sur mon SOPK ni sur mon acné. Au contraire, les boutons sont revenus.
Mon médecin traitant a alors repris les traitements que j’avais déjà eus adolescente : Tétralysal et Cutacnyl. Je lui ai expliqué que je les avais déjà pris auparavant et que ça n’avait pas fonctionné. Il m’a répondu que les choses pouvaient être différentes aujourd’hui.
Malheureusement, ça n’a pas fonctionné cette fois non plus. Mon médecin m’a donc orientée vers un dermatologue.
Le dermatologue, puis l’endocrinologue
Le dermatologue a bien pris en compte mon SOPK et m’a demandé si j’avais déjà consulté un endocrinologue. Ce n’était pas le cas, alors il m’a orientée vers un spécialiste.
Lors de mon rendez-vous, l’endocrinologue m’a expliqué que je n’étais pas en surpoids, que je n’avais pas particulièrement de pilosité importante, que je n’avais pas de résistance à l’insuline et que je n’étais pas diabétique.
Pourtant, de mon côté, je savais bien que quelque chose n’allait pas.
J’avais une acné importante, une peau très grasse, une chute de cheveux, des cycles longs et irréguliers… Mon corps me disait clairement que non, tout n’allait pas bien.
L’endocrinologue m’a prescrit de la spironolactone pour agir sur mon acné et ma pilosité. Mais après quelques semaines, je me suis sentie très mal. Ma tension a chuté et, comme je fais naturellement de l’hypotension, le traitement n’était pas adapté pour moi.
Mon médecin traitant m’a donc demandé de l’arrêter.
Le tournant : Roaccutane
Une fois que j’avais vu l’endocrinologue, je suis retournée voir mon dermatologue. C’est lors de ce rendez-vous qu’il m’a finalement proposé une dernière solution : Roaccutane.
J’avais déjà entendu parler de Roaccutane sur les réseaux sociaux. Je savais donc de quoi il s’agissait, et je ne comprenais pas pourquoi mon premier dermatologue ni mon ancien médecin traitant ne m’en avaient jamais parlé, alors que j’avais essayé de nombreux traitements sans réel résultat.
À l’époque, je me demandais pourquoi cette possibilité ne m’avait jamais été proposée. Je ne savais pas si c’était parce que ce traitement ne pouvait pas encore m’être proposé ou simplement parce qu’on ne me l’avait jamais expliqué.
Roaccutane, aussi connu sous le nom de Curacné, est un traitement à base d’isotrétinoïne utilisé pour traiter certaines formes d’acné sévère ou persistante. C’est un traitement puissant, généralement proposé lorsque les autres traitements n’ont pas suffisamment fonctionné.
Après toutes ces années de traitements et de nombreuses tentatives sans résultat durable, mon dermatologue m’a expliqué que j’avais quasiment tout essayé et que Roaccutane pouvait désormais être une possibilité.
J’ai donc commencé ce traitement en 2023.
Avant de commencer, je ne savais pas qu’il y avait autant de précautions et de contraintes autour de ce traitement. Je savais que c’était un traitement puissant, mais je ne pensais pas qu’il nécessitait autant de suivi.
J’ai notamment découvert qu’il y avait des règles très strictes concernant la contraception et le risque de grossesse, avec des tests de grossesse réguliers. Il fallait également faire des prises de sang, éviter certaines expositions au soleil et aux UV et être particulièrement attentive à certains effets secondaires.
Je ne m’attendais pas non plus à ce que certains effets secondaires puissent durer un certain temps après l’arrêt du traitement. Tout cela faisait partie des choses que je découvrais au fur et à mesure de mon parcours.
C’est là que j’ai vraiment compris que Curacné n’était pas un simple traitement contre l’acné, mais un traitement qui nécessitait un véritable suivi médical et de nombreuses précautions.
J’ai pris Curacné pendant huit mois. La dose était augmentée progressivement chaque mois et je devais faire des prises de sang régulièrement pour surveiller le traitement.
Et cette fois, j’ai enfin vu une différence.
Dès le premier mois, j’avais beaucoup moins de boutons. L’inflammation avait diminué et ma peau était beaucoup plus calme. Progressivement, elle est devenue beaucoup plus nette.
Mais le traitement n’a pas été facile.
J’ai eu les lèvres extrêmement sèches, des douleurs articulaires, les yeux secs, beaucoup de fatigue et une humeur plus instable.
Aujourd’hui
Depuis la fin de mon traitement, je n’ai plus d’acné.
Ma peau reste grasse, j’ai toujours les pores assez visibles et des points noirs, mais je n’ai plus ces boutons douloureux et inflammés qui ont accompagné une grande partie de ma vie.
Et rien que ça, c’est énorme.
Je sais que l’acné hormonale peut revenir, notamment avec un SOPK. C’est quelque chose qui me fait parfois peur. Après avoir vécu autant d’années avec cette acné, il est difficile de ne pas avoir cette crainte de voir les boutons revenir un jour.
Mais pour le moment, j’essaie simplement de profiter de cette période où ma peau va mieux.
Un mot important sur Roaccutane
Roaccutane n’est pas un traitement anodin. C’est un traitement puissant qui nécessite un suivi médical régulier et de nombreuses précautions, aussi bien chez les femmes que chez les hommes.
Il y a notamment des précautions particulières concernant l’exposition au soleil et aux UV, ainsi que des recommandations concernant certains produits et soins pouvant irriter davantage la peau.
Pour les femmes pouvant être enceintes, les précautions sont particulièrement strictes en raison du risque très important pour le fœtus en cas de grossesse pendant le traitement. Cela implique notamment une contraception efficace et des tests de grossesse réguliers.
Chez les hommes, le traitement nécessite également de respecter les recommandations médicales et le suivi prévu, même si les précautions liées à la grossesse sont différentes.
Je ne m’attendais pas non plus à devoir être aussi attentive à certains effets secondaires ni à apprendre que certains d’entre eux pouvaient parfois continuer quelque temps après l’arrêt du traitement.
Avec le recul, je comprends mieux pourquoi ce traitement est autant encadré. Ce n’est vraiment pas un simple traitement contre l’acné et il est important de bien connaître les précautions avant de commencer.
Conclusion
Parler de mon parcours avec l’acné, c’est comme rouvrir un chapitre lourd de ma vie. Fait d’incompréhension, d’errance médicale, de honte, de douleurs physiques et mentales.
J’ai mis du temps à comprendre que mon acné pouvait être liée à mon SOPK.
Aujourd’hui, ma peau va mieux, et moi aussi.
Et si je partage tout ça ici, c’est pour que d’autres femmes sachent qu’elles ne sont pas seules.
L’acné est une maladie, et ce n’est pas simplement une question d’apparence. Elle peut avoir un impact important sur le corps, mais aussi sur l’image que l’on a de soi et sur la façon dont on vit au quotidien.
Je partage mon histoire pour mettre des mots sur ce que j’ai vécu et, peut-être, permettre à d’autres personnes touchées par l’acné de se sentir un peu moins seules dans leur parcours.